Portrait — Par la rédaction de MalienneMoi
Au Mali, le nom de Sy Aminata Makou Traoré évoque depuis longtemps la combativité. D’abord sur les tatamis, où elle a porté haut les couleurs du Mali, puis dans les dojos, où elle a formé une nouvelle génération de jeunes sportifs. Aujourd’hui, son combat change d’arène : elle devient la première femme à prendre la tête de la Fédération malienne de taekwondo.
Son élection marque bien plus qu’un changement de direction. Elle symbolise une rupture dans un univers sportif longtemps dominé par des dirigeants masculins, où les femmes étaient célébrées comme athlètes mais rarement appelées à gouverner.
Il y a quinze ans, Traoré était connue pour ses coups précis, sa discipline et sa capacité à revenir dans un combat mal engagé. Ceux qui l’ont vue concourir parlent d’une combattante méthodique, capable d’attendre le moment juste. Cette patience stratégique semble aujourd’hui guider sa trajectoire.
Après avoir dominé les compétitions nationales et décroché des distinctions continentales, elle aurait pu quitter discrètement la scène. Au contraire, elle choisit de rester au plus près du terrain, ouvrant des espaces d’entraînement accessibles aux jeunes des quartiers populaires et plaidant pour un sport inclusif.
Dans un pays où les infrastructures sportives restent limitées et où les fédérations peinent souvent à se moderniser, sa mission s’annonce délicate. Elle hérite d’une organisation confrontée à des défis bien connus : manque de moyens, formation insuffisante et présence internationale encore inégale.
Mais pour beaucoup d’athlètes maliens, son avantage réside précisément là : elle connaît ces difficultés de l’intérieur.
« Elle a vécu ce que vivent les jeunes combattants aujourd’hui », confie un ancien entraîneur national. « Elle sait ce que signifie s’entraîner sans équipement, voyager avec peu de soutien et porter un drapeau plus grand que ses moyens. »
Son programme promet modernisation, transparence et soutien accru à la formation des jeunes talents. Mais au-delà des annonces, c’est surtout sa présence qui change la perception. Dans plusieurs clubs de Bamako, des adolescentes évoquent désormais non seulement leurs rêves de médailles, mais aussi de responsabilités.
Pour Traoré, cependant, le symbole ne suffit pas. Lors de sa première prise de parole après l’élection, elle a préféré parler de travail plutôt que d’histoire.
Le défi sera désormais de transformer un parcours individuel en réussite collective. Les prochaines compétitions africaines serviront de premier test à cette nouvelle gouvernance.
Dans son dojo, là où tout a commencé, certains jeunes continuent de la voir simplement comme « coach », une appellation qu’elle n’a jamais reniée.
Car au fond, son combat reste le même : former, inspirer et ouvrir des portes.
Cette fois pourtant, ce n’est plus une victoire personnelle qui est en jeu, mais l’avenir d’un sport et, peut-être, celui d’une génération prête à croire que la place des femmes ne se limite plus au podium.
Car parfois, le plus grand combat d’une championne commence après sa dernière victoire.





































