SITAN

0
491

J’étais en mission à sikasso quand une grande sœur à moi me téléphone.Elle me propose les services d’une aide ménagère. L’appel m’avais surpris car je n’avais jamais évoqué avec elle un besoins de personnels de maison. J’accepte néanmoins la proposition et lui envoie mon cousin. De retour à Bamako je fais la connaissance de Sitan ma nouvelle nounou qui semblait très jeune malgré sa forte corpulence. 17 ans, on apprendra par la suite.

Timide, souriante et très serviable sitan s’intégra petit à petit à la famille. Très vite, certains commencèrent à se plaindre de sa lenteur extrême au travail. Elle faisait également l’objet de nombreuses railleries de la part des autres filles qui travaillaient chez nous. Chose étonnante que je commençais à détecter chez sitan ,c’était sa démarche très lente: elle rasait les murs comme cherchant à chaque fois son chemin. Les autres me confièrent qu’elle tombait constamment en marchant !!

Sitan finit un beau jour par me dire : “Tanti Mimi tu sais, je suis entrain de devenir aveugle , je n’ai rien dit car j’avais peur que tu ne veuilles plus me garder. Maintenant je pense qu’il faut que je retourne au village. Ma mère dit qu’on me fera un traitement traditionnel”

Choquée et très attristée par cette revelation je réussie a rassurer Sitan que non seulement cela ne risquait pas d’arriver mais qu’il était important de connaître l’origine de son mal.

Je lui propose donc de rester et de voir si un traitement était possible. Grâce à l’aide d’un ami médecin, Sitan fut pris en charge par un neurochirurgien.

Le diagnostic tombe: elle était atteinte d’une hydrocéphalie à un stade très avancé. Une intervention chirurgicale à la tête s’imposait d’urgence pour évacuer le surplus de liquide dans les poches. Au delà de l’atteinte neurologique aux yeux qui était irréversible son pronostic vitale était aussi engagé. L’intervention avait un coup, il fallait trouver de l’argent. Entre ma voiture garée à la porte qui attendait le paiement des frais de douane et sauver la vie de cette pauvre fille, le choix était vite fait. On démarre donc les analyses en vue de l’opération .

Ayant appris l’histoire , certains amis sont venus à la rescousse.

Je me souviens que l’un d’entre eux qui devait faire les sacrifices annuels pour les défunts de sa famille y avait renoncé et a préféré me donner cet argent.

Merci au Dr ly qui a pris en charge le scanner et Ndeye pour son apport financier .

  Je fis donc venir la mère de Sitan à Bamako, accompagnée par la petite dernière de 3 ans

Je bossais et ne pouvais rester à l’hôpital toute la journée auprès d’elle..

Sitan fut opérée par les mains expertes du neurochirurgien Dr cisse au Luxembourg.

Quelle joie quand à son réveil sa première phrase fut ” tanti mimi j’arrive à te voir un peu ” Nul satisfaction ne pouvait remplacer ce moment . La joie fut pourtant de courte durée.

Le soir, sa mère m’appelle en pleure: sitan convulsait et avait été transportée aux urgences.

Nuit blanche, pour nous

De nouveaux soins étaient nécessaires.

Il fallait la garder en observation aux urgences 3 jours et la stabiliser. À partir du million, j’avais cessé de compter les frais de prise en charge. Peu importait les conséquences financières, c’était hors de question de baisser les bras.

Je ne roulais pas sur l’or, mais Dieu était au contrôle. J’avais déjà compris que l’embauche de Sitan n’était pas le fruit du hasard. Son ange gardien passait juste par moi pour lui sauver la vie.

Même le major de l’hôpital apporta sa contribution quand il découvrit que sitan n’était comme il le pensait ma sœur, mais ma ” Bonne ” .

J’étais devenue l’attraction des autres patients et de leurs familles.

J’étais la dame qui s’occupait de sa “Bonne ” comme un des siens .

Je ne m’en enorgueillissais aucunement. Je trouvais plutôt dommage de constater qu’avoir de la compassion pour son prochain puisse à ce point devenir un phénomène de foire.

Bref, après une semaine d’hospitalisation, Sitan rentra enfin à la maison .

Il fallait encore attendre 3 mois d’observation afin de savoir si tout allait bien.

  Les mois s’écoulèrent sans grands problèmes . Un infirmier s’occupait à domicile des soins de Sitan qui profitait de la compagnie de sa mère et de sa petite sœur.

J’avais oublié de mentionner que Sitan avant de tomber malade avait des doigts de fée.

Elle pouvait te masser aussi bien que n’importe quelle professionnelle du domaine. Elle était la seule à pouvoir calmer mes douleurs à la jambe.

Une reconversion était possible, je me disais. N’était-ce pas  la meilleure option envisageable pour une non-voyante ?

Pendant que je réfléchissais à la manière de garder Sitan à mes côtés et à sa reconversion ; sa mère malgré ma réticence, prit la décision de la ramener au village.

Durant l’intervention, le chirurgien avait installé un système de drainage dans la tête de sitan pour évacuer le surplus d’eau des oreillettes.

Je savais qu’en retournant au village et sans suivi, son espérance de vie serait considérablement réduite.

Mais je ne pouvais m’opposer à la décision de la maman.

Sitan retourna donc au village avec sa mère.

Pendant presque 4 ans, j’ai gardé contact avec sitan.

On se parlait au téléphone et de temps en temps, je lui envoyais un peu d’argent.

Il y a quinze jours environ le frère de sitan m’annonce qu’elle est gravement malade et se trouve à l’hôpital de Koutiala.

Je fis la connexion entre son médecin de là-bas et celui qui l’avait opérée à Bamako.

Je n’étais pas rassurée.

  Le 14 avril, je me réveille au petit matin et je découvre plusieurs appels en absence.

C’était celui de Mohamed son frère.

La peur au ventre, je compose le numéro.

” tanti sitan est partie hier soir, nous sommes actuellement au cimetière pour son enterrement”

Au fond de mon lit, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.

Je connaissais la situation précaire de sa famille et je cherchais la réponse à plusieurs questions :

-Comptait-elle sur moi une seconde fois ?

– Sitan au fond de son lit, avait-elle supplié de m’appeler ?

M’en voulait-elle de ne pas être venue à son secours ?

Je ne cesse de cogiter et de culpabiliser.

J’annonce la triste nouvelle à ma famille, aux amis et à celle qui grâce à qui, Sitan a pu gagner quelques années de plus de vie: Tetou.

Tetou Gologo merci !! C’est aussi grâce à toi qu’aujourd’hui je peux parler de cette histoire qui j’espère servira à apporter un autre regard sur ce que nous pouvons donner aux autres .

Je n’avais jamais eu le courage de raconter publiquement cette histoire de peur que ça ne soit considérée comme un manque d’humilité.

Aujourd’hui je peux dépasser ce sentiment afin que cette tranche de vie puisse servir d’inspiration à d’autres et aussi pour la mémoire de Sitan .

  Dors en paix Sitan !!

LAISSER UN MESSAGE