La disparition des veillées de contes au Mali, un vide social

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Les contes ont toujours été un moyen d’éduquer les enfants sur leur devoir envers les autres dans la société. Ils leur permettent également d’apprendre d’avoir des leçons des difficultés de la vie avec les moyens pour les affronter, tout en les divertissant. Malheureusement, cette pratique commence à disparaitre, écrit la blogueuse Niamoyé Sangaré. 

Selon Ousmane Diarra, écrivain et conteur malien, cette disparition des contes est due au fait que l’individualisme a pris le pas sur le social, la vie est constituée d’étapes qui ne sont plus respectées. Les grands-parents s’accrochent plus à leur chapelet pour préparer l’au-delà, et n’ont donc plus le temps de prendre sous leurs ailes les petits enfants qui, de leur côté, sont plus accrochés à leur téléphone ou poste téléviseur.

Auparavant, chaque fois qu’un enfant commettait un acte jugé mal par la société, les grands-parents avaient pour habitude de lui conter une histoire qui le condamne. Aussitôt, il se repentait, demandait pardon pour ensuite promettre de ne jamais le refaire, tel qu’on le voit dans le film « Sanoudiè » du réalisateur Boubacar Sidibé. Dans ce film, une petite fille, après avoir volé de l’arachide, est interpellée par son grand-père, qui lui donne une leçon de morale à travers un conte qui raconte l’histoire d’une princesse avec un destin exceptionnel.

Elle a eu honte et est allée remettre l’arachide à sa place. Elle était non seulement émerveillée par l’histoire mais aussi éduquée sur la bonne manière d’avoir ce que l’on veut. « Les contes éduquent l’enfant à l’écoute de son prochain, ce qui est la base d’une bonne éducation et pourquoi pas de la cohésion sociale », explique Ousmane Diarra.

Distraire, transmettre l’histoire et les bonnes manières

Je me souviens encore que les weekends suscitaient toujours de la joie chez nous. On n’avait pas droit aux sorties nocturnes, mais plutôt à de beaux contes narrés par des tantes. Nos amies prenaient aussi part à ces soirées, car contrairement à nous, elles n’avaient personne pour leur conter de belles histoires, souvent tristes bien sûr. C’était aussi l’occasion pour nous d’apprendre beaucoup sur les animaux sauvages et domestiques, mais aussi sur l’histoire de nos ancêtres. Comme Amadou Hampaté Ba l’évoque dans Ndjeddo Dewal : « Si vous voulez faire voyager des connaissances, confiez-les aux enfants ».

« Autrefois, les vieilles personnes n’avaient pas peur de se salir, de jouer avec les enfants, de se mettre au même niveau  qu’eux, le conte entre dans ce cadre. J’ai grandi dans cette réalité, raison pour laquelle conter pour mes petits-enfants est très important pour moi », témoigne Mamby Sylla, un vieux de 75 ans, qui continue de conter des histoires à ses petits-enfants.

Qu’il vise à distraire, à effrayer ou à édifier, chaque parent avait pour habitude de conter une histoire à ces enfants avant son sommeil. De nos jours, les parents eux-mêmes ne connaissent pas de contes à transmettre aux tout petits. Malheureusement, on constate que les enfants ne peuvent plus relater un conte correctement du début jusqu’à la fin, non pas parce qu’il ne s’y intéresse plus, mais plutôt qu’ils n’ont pas eu la chance d’en apprendre. Les grands-parents qui sont censés jouer ce rôle n’ont  plus la patience de le faire. Les parents ont démissionné aussi bien dans les milieux ruraux qu’urbains.

Les parents ont démissionné 

A ce propos, Ousmane Diarra nous raconte une anecdote : « Depuis 1996, je conte des histoires aux enfants au Centre culturel français de Bamako(actuel Institut français), et lorsque j’ai emmené des neveux du village, ma surprise a été  grande de constater qu’aucun d’entre eux ne connaissaient les contes que je donnais alors que je les ai pourtant appris dans ce même village. Voilà une preuve palpable de la démission des parents ». Il ajoute que ses séances sont toujours pleines.

« J’aimerais bien conter à mes enfants, mais malheureusement, je n’en connais pas, et mon emploi du temps aussi ne me le permet pas. Selon moi, cette tâche revient aux grands-parents », affirme Saran, mère de trois enfants.

Ces contes, véhiculés de bouche à oreille depuis des générations, font partie intégrante de notre culture et de notre civilisation, comme l’épopée de nos ancêtres, retracée par les griots. Ils doivent donc être réintégrés dans nos habitudes pour perpétuer la transmission et éduquer nos enfants. Il faut aussi dire que le besoin existe, car les enfants adorent écouter les histoires et y prêtent attention à chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

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