Deux après-midis par semaine, le mercredi et le samedi, la salle du restaurant 3F change de visage : les tables accueillent crayons, puzzles et livres de coloriage. Derrière cette initiative se trouvent une entrepreneure du quartier, Aminata Konaté, et une conviction qui devrait tous nous animer: l’épanouissement d’un enfant n’est pas un luxe, c’est un droit.
À Bamako Coura, comme partout à Bamako, les parents qui en ont les moyens cherchent à occuper leurs enfants pendant les vacances. La volonté ne manque pas; ce sont les structures qui manquent. Sorties, activités, loisirs: pour de nombreuses familles du quartier, ces mots restent hors de portée non par négligence, mais faute d’offre accessible. Pendant que certains enfants partent à la découverte du monde, d’autres passent leurs journées dans la rue, livrés à eux-mêmes, privés de ce que les vacances devraient être un temps pour grandir autrement.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Un enfant qui dessine, qui lit, qui assemble un puzzle ou qui cuisine avec d’autres ne fait pas que « s’occuper » : il développe sa créativité, sa confiance en lui et son rapport aux autres. L’épanouissement n’est pas l’accessoire de l’éducation; il en est le socle. Les découvertes d’un été comptent parfois autant que les leçons d’une année scolaire. Aucun enfant ne devrait en être privé parce que son quartier ou sa famille n’en a pas les moyens.
Cette conviction, Aminata Konaté « Mimi » pour les intimes l’a faite sienne. Entrepreneure, elle dirige le restaurant 3F. Chaque mercredi et chaque samedi, elle prolonge ses journées de travail pour ouvrir la salle de son établissement à une cinquantaine d’enfants du quartier: dessin, coloriage, lecture, jeux éducatifs, puzzles, ateliers de cuisine et, elle l’espère, quelques sorties à venir.
Elle aurait pu compter ses heures. Elle a préféré compter les sourires. Là où d’autres verraient une contrainte, elle voit des enfants à gagner. Son temps, elle le donne. Son espace, elle l’ouvre. Son quartier, elle le transforme. C’est une réponse concrète à une question que trop de quartiers laissent sans réponse : que faisons-nous de nos enfants pendant les vacances?
Elle, pourtant, refuse d’en faire un exploit. « C’était pas grand-chose, mais ils étaient trop contents », confie-t-elle simplement. Cette modestie ne surprend guère ceux qui la connaissent : dans le quartier, on salue son engagement de longue date en faveur de l’encadrement et de l’épanouissement des enfants. Car la générosité n’est pas ce qu’on donne quand on a trop. C’est ce qu’on donne quand on pourrait garder.
L’initiative repose pour l’instant sur cette générosité. Mimi lance un appel au matériel crayons de couleur, livres de coloriage, livres pour enfants, puzzles, jeux éducatifs, feuilles, peinture, une petite imprimante et propose un parrainage à partir de 5 000 FCFA par enfant pour toute la durée des vacances. Vu de la diaspora, cela représente moins de dix dollars pour offrir à un enfant un été qui compte.
Des initiatives comme celle-ci, les quartiers de Bamako et d’ailleurs en comptent peu et elles sont d’autant plus précieuses. Portées par des femmes qui n’attendent ni programme ni subvention pour agir, elles accomplissent, à l’échelle d’un quartier, ce que les politiques publiques peinent à réaliser à l’échelle d’un pays. Les raconter, c’est déjà les soutenir. Les rejoindre, c’est les faire grandir.
Parce qu’un enfant épanoui aujourd’hui, c’est un citoyen debout demain.
Pour donner du matériel ou parrainer un enfant : +223 92 22 23 22
Transparence : MalienneMoi a parrainé cinq enfants de cette initiative.
Aissata Ibrahim Maiga






































