Comment fonctionne réellement l’ONU ? Les six organes qu’il faut connaitre

(Comprendre l'ONU, épisode 1)

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Tout le monde en parle, peu savent comment elle fonctionne. Derrière le sigle « ONU » se cache une architecture précise, pensée en 1945 et toujours en place. Premier épisode de notre rubrique « Comprendre l’ONU » : le tour du propriétaire, en langage clair.

La question

Quand une résolution est votée, qui vote ? Quand « l’ONU décide », qui décide ? Et pourquoi certains textes s’imposent-ils aux États quand d’autres restent lettre morte ? Pour répondre, il faut connaître la maison et la maison a six pièces principales.

Le contexte : une organisation née d’une guerre

L’Organisation des Nations Unies naît en 1945, sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Sa Charte, signée à San Francisco le 26 juin 1945 et entrée en vigueur le 24 octobre de la même année, fixe une mission première : préserver les générations futures du fléau de la guerre. Des 51 États fondateurs, l’Organisation est passée à 193 membres dont le Mali, admis le 28 septembre 1960, huit jours après son indépendance.

La Charte institue six organes principaux. Les voici, un par un.

L’Assemblée générale : le parlement du monde. C’est le seul lieu au monde où les 193 États siègent à égalité un État, une voix, que l’on soit une superpuissance ou un petit État insulaire. Elle débat de tout, adopte le budget, élit les membres des autres organes. Ses résolutions ont un poids politique et moral considérable, mais ne sont pas juridiquement contraignantes: l’Assemblée recommande, elle n’ordonne pas.

Le Conseil de sécurité : la salle des décisions. Quinze membres; cinq permanents dotés du droit de veto (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et dix élus pour deux ans. C’est le seul organe dont les décisions sont contraignantes pour tous les États: sanctions, embargos, opérations de maintien de la paix. C’est ici que s’est joué, pendant plus de dix ans, le sort de la MINUSMA au Mali. Et c’est sa composition, héritée de 1945, qui alimente le débat le plus vif de la diplomatie contemporaine : l’Afrique, 54 États et plus d’un quart des membres de l’ONU, n’y détient aucun siège permanent.

Le Secrétariat : la machine. Dirigé par le Secrétaire général, António Guterres depuis 2017, il exécute les décisions, administre les opérations, produit les rapports. Le Secrétaire général n’est pas le « président du monde » : la Charte en fait le plus haut fonctionnaire de l’Organisation, à la fois administrateur et diplomate, dont l’influence tient plus à l’autorité morale qu’au pouvoir formel.

Le Conseil économique et social (ECOSOC) : le chantier du développement. Cinquante-quatre membres, la coordination de toutes les questions économiques, sociales et environnementales et la porte d’entrée de la société civile, des ONG et des agences spécialisées dans le système onusien. Moins médiatisé, il touche pourtant au plus concret : santé, éducation, développement durable.

La Cour internationale de Justice : le tribunal des États. Installée à La Haye, seul organe principal hors de New York, elle tranche les différends entre États et rend des avis juridiques. Quinze juges, élus pour neuf ans. On la confond souvent avec la Cour pénale internationale : la CIJ juge des États, la CPI juge des individus et la CPI n’appartient pas à l’ONU.

Le Conseil de tutelle : la pièce fermée. Créé pour accompagner les territoires sous tutelle vers l’autodétermination, il a achevé sa mission en 1994 avec l’indépendance des Palaos, et ses activités sont suspendues depuis. Il reste dans la Charte, vestige d’une époque où la décolonisation était l’un des grands chantiers de l’Organisation.

Vu de l’intérieur

Sept années passées à la Mission permanente du Mali auprès des Nations Unies, dont toutes les sessions du Conseil de sécurité consacrées à la MINUSMA, enseignent une chose que les organigrammes ne montrent pas : l’ONU n’est pas un bâtiment qui décide, c’est une enceinte où des États négocient. Derrière chaque résolution, il y a des semaines de consultations, des formulations pesées au mot près, des couloirs où se joue autant que dans la salle. Comprendre les six organes, c’est la grammaire ; la diplomatie, elle, s’écrit entre les lignes. Cette rubrique racontera les deux.

À retenir

  • L’ONU compte six organes principaux ; un seul, le Conseil de sécurité, prend des décisions contraignantes.
  • L’Assemblée générale est le seul forum mondial où tous les États pèsent une voix chacun.
  • Le Secrétaire général dirige l’administration, pas le monde : son pouvoir est d’influence, pas de commandement.
  • L’Afrique, plus d’un quart des membres, n’a aucun siège permanent au Conseil de sécurité; le grand débat institutionnel de notre époque.

Pourquoi c’est important

Parce qu’on ne peut pas peser dans une maison dont on ignore le plan. Les décisions qui touchent le Sahel, le financement du développement, le climat ou demain l’intelligence artificielle se prennent dans ces enceintes et les citoyens qui en comprennent les rouages sont mieux armés pour demander des comptes à ceux qui y siègent en leur nom. Comprendre l’ONU, ce n’est pas de la culture générale: c’est de la citoyenneté mondiale.

Prochain épisode : le Conseil de sécurité peut-il vraiment arrêter une guerre ?

Comprendre le monde pour mieux y prendre part.

Sources : Charte des Nations Unies (1945), texte intégral sur un.org ; Nations Unies « Organes principaux » (un.org/fr/about-us) ; ONU Info — dossiers institutionnels

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