Mali : équité homme femme, mieux comprise en milieu rural qu’urbain

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Equité homme femme: comment la question est-elle perçue par les maliens, Madame Maiga Mariame Togo, conseillère équité entre les genres répond à maliennemoi.org

Le débat sur le genre ou l’équité homme femme est-il compris au Mali?

Oui d’une manière générale c’est compris, car le genre existe au Mali depuis la création de la République du Mali.

La Constitution du Mali du 25 février 1992 garantit les mêmes droits aux citoyens des deux sexes sans discrimination et proclame dans son préambule, la défense des droits de la femme et de l’enfant ainsi que la diversité culturelle et linguistique de la communauté nationale. La Constitution malienne s’attache à garantir les droits et libertés sans discrimination ainsi que la séparation et la diversification des pouvoirs en vue de préserver l’État de droit

Le Mali a souscrit à l’ensemble des traités et conventions sans émettre de réserves dont la plus importante concerne la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CÉDEF). Le Mali est partie prenante à cette Convention depuis septembre 1985 et a ratifié le protocole additionnel en septembre 2000. La CÉDEF, aux termes de l’Article 3, engage les États parties :

« À prendre dans tous les domaines, notamment politique, social, économique et culturel, toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions à prendre dans tous les domaines, notamment politique, social, économique et culturel, toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour assurer le plein développement et le progrès des femmes, en vue de garantir l’exercice et la jouissance des droits de l’Homme et des libertés fondamentales sur la base de l’égalité avec les hommes.»

Mais en particulier chacun comprend en sa manière en milieu rural comme en milieu urbain. En zone urbaine,  certaines personnes perçoivent la promotion du genre et l’autonomisation de la femme comme un levier pour dresser les femmes contre les hommes. Une perception différente  de celle des  hommes vivant  dans les zones rurales. Ceux-là semblent avoir  compris l’importance de l’autonomisation de la femme.  En effet, ces derniers perçoivent la rentabilité de l’opération qui, dans les faits, semble leur profiter plus qu’aux femmes elles-mêmes. En effet, de par sa stabilité financière, la femme peut largement contribuer aux charges du foyer, mieux s’occuper de sa famille et d’elle-même.

La mauvaise interprétation du concept genre ne rend-elle pas les femmes encore  plus vulnérables?

Bien sûr que ça rend plus vulnérable les femmes. Si les hommes ruraux sont parvenus à comprendre et accompagner leurs femmes, en ville, la question  divise  encore les couples. De différents échanges, il ressort clairement qu’il devient indéniable que de l’autonomisation de la femme, dépend l’équilibre des ménages. Sauf que dans la pratique, certains oublient  d’associer à l’autonomisation les contraintes socioprofessionnelles qui vont avec. Des exigences qui nécessitent  quelques bouleversements dans le quotidien.  En effet, si les hommes apprécient de plus en plus de se voir épauler afin de supporter les multiples  charges du foyer, certains ne sont pas dans cette dynamique.   Dans nos sociétés, le rôle de la femme est de s’occuper du bien-être du foyer. Une activité  qui peut être considérée comme  une profession en soi, comme  le réclament de plus en plus certaines mères au foyer sur les réseaux sociaux.  S’il est banal de charger la femme en  lui demandant de s’occuper du ménage et de bien d’autres tâches, il est important de noter qu’elle peut difficilement atteindre son autonomisation financière et sa plénitude professionnelle si elle est obligée de partager son énergie ;  être présente à l’extérieur et à l’intérieur en même temps.  Car certains hommes exigent que leur partenaire soit une parfaite ménagère  en charge des nombreuses tâches et occupations du foyer tout en étant à leurs petits soins avec des moyens provenant de son  autonomie financière à elle. Face à ces  nombreux constats, l’on peut dire que l’autonomisation de la femme profite plus à son entourage qu’à elle-même. Alors que le concept genre aide plus la femme à être plus autonome financièrement pour mieux s’épanouir. D’autres comprennent en égalité, du coût ils sont hostiles aux femmes battantes, intellectuelles qui se défendent dans la vie. Ils disent directement celle-là, elle veut devenir un homme, ou qu’elle croit qu’elle est un homme. Non loin de là elle défend ses droits et devoirs de femme et de mère de famille.

Comment les maliennes elles-mêmes interprètent ce combat pour l’égalité des droits ?

Au Mali, l’égalité du genre a encore des progrès à faire. Malgré les efforts des autorités et des partenaires, la participation de la Malienne à la gestion de la vie publique et politique laisse à désirer. Ce ne sont pourtant pas la volonté politique, encore moins, les stratégies qui manquent pour plus d’implication des femmes dans la gestion du pays.

C’est un combat à longue haleine, c’est à dire une course de fond. Il faut un réel changement de comportement.Voyez au niveau des associations, organisations et ONG féminines il n y a pas d’alternance c’est des présidences à vie; si il y a un changement c’est par coût de bagarre, ou je ne sais quoi.

Comment dans cette dynamique les hommes peuvent nous faire confiance, si nous même femmes, nous ne nous faisons pas confiance.

Dans les partis politiques, les hommes utilisent les femmes pour les faire éliminer les unes après les autres. C’est pour dire que chaque femme interprète ce combat en sa manière, mais avec la scolarisation des filles, l’alphabétisation de la jeune femme ce combat va aboutir pas pour parler égalité entre l’homme et la femme mais pour parler de défense des droits et des devoirs des femmes ; et enfin comprendre que l’homme et la femme se complètent car, biologiquement et physiologiquement nous ne serons jamais égaux.

Le vote par l’assemblée nationale de la loi sur le quota va t- il vraiment changer la donne?

Je ne crois pas, combien de loi ont-elles été votées au Mali, mais pas appliquées même avec des décrets d’application. Il ne s’agit pas de mettre de femmes, il s’agit de mettre des femmes qui répondent aux exigences, des femmes compétentes qui sont impliqués et qui participent. Ne pas mettre des femmes pour figurer et parler du quota 30% non.

Pour vraiment changer la donne, il faut changer d’habitude, c’est la société, c’est notre culture que gère la femme malienne. En amont il faut une large vulgarisation accompagnée de sensibilisation pour une meilleure compréhension

Le genre par définition est «un  système de bi catégorisation hiérarchisée entre les sexes (hommes/femmes) et entre les valeurs et représentations qui leur sont associées (masculin/féminin) » Le genre se distingue donc du sexe : il va au-delà des attributs biologiques pour s’intéresser à la différence sociale. Donc même entre nous femmes il y a genre, au niveau des services partout.

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