Une conférence, avant l’OUA elle-même
En juillet 1962, à Dar es Salaam, alors capitale du Tanganyika (la Tanzanie n’existera que deux ans plus tard, après son union avec Zanzibar), des femmes venues de tout le continent se réunissent pour la première conférence de l’Organisation panafricaine des femmes, la PAWO.
Ce détail mérite d’être souligné, tant il est rarement rappelé : cette organisation naît un an avant l’Organisation de l’unité africaine elle-même, fondée en mai 1963 à Addis-Abeba. Les femmes africaines ne rejoignent pas un mouvement panafricain déjà constitué. Elles participent à l’inventer, et le font même avant que les États ne se réunissent officiellement entre eux.
C’est lors de cette conférence fondatrice que la Journée panafricaine de la femme est proclamée, fixée au 31 juillet.
Ce que la journée commémore vraiment
L’objectif de cette journée n’est pas seulement symbolique. Elle vise à reconnaître et affirmer le rôle des femmes dans les luttes pour l’indépendance politique du continent, et à faire avancer leur statut social et économique.
C’est un rappel important : les femmes africaines n’ont pas attendu la fin des colonisations pour agir. Militantes, résistantes, organisatrices de réseaux de solidarité, elles ont été de toutes les luttes, souvent sans que l’histoire officielle ne retienne leurs noms.
La journée offre aussi une occasion, à l’échelle nationale, continentale et mondiale, de rappeler le rôle essentiel des femmes dans la construction d’une identité panafricaine forte, portée par des valeurs et une vision partagée. Elle inscrit les femmes comme actrices centrales de la croissance inclusive et du développement durable du continent, dans la vision d’une Afrique intégrée, prospère et en paix que porte aujourd’hui l’Union africaine.
Une histoire qui interroge le présent
Soixante-trois ans après Dar es Salaam, où en sommes-nous des promesses de 1962? Des avancées réelles existent : plus de filles scolarisées, plus de femmes élues, plus de voix entendues dans l’espace public. Mais l’écart entre l’idéal proclamé et la réalité vécue reste large. L’éducation des filles demeure inégale selon les régions, les violences basées sur le genre persistent, et les femmes restent sous-représentées dans nombre d’instances de décision, du niveau local aux organisations continentales.
Se souvenir de 1962, ce n’est donc pas seulement célébrer un anniversaire. C’est mesurer le chemin parcouru, et surtout celui qui reste à parcourir.
Pourquoi cette date compte pour MalienneMoi
Cette histoire résonne particulièrement avec ce que nous voulons construire ici. Les femmes de 1962 n’ont pas attendu une permission pour s’organiser et agir. Elles ont créé leurs propres structures, porté leur propre voix, écrit leur propre histoire.
C’est cet esprit que nous voulons honorer à travers une nouvelle série de portraits, « Elles font l’Afrique d’aujourd’hui ». Des femmes d’aujourd’hui, connues ou de l’ombre, qui soignent, dirigent, dansent, témoignent et construisent, ici et ailleurs, dans la continuité de celles qui les ont précédées.
Le premier portrait de cette série paraît dès vendredi.
Comprendre le monde pour mieux y prendre part.
Par Aïssata Ibrahim Maïga
Sources : Union africaine, Organisation panafricaine des femmes (PAWO) ; Union africaine, Acte constitutif et historique de l’Organisation de l’unité africaine (1963).






































